Enquête diffusée le 27 août 2023 sur Hautes Fréquences, La Première – RTS
🎙️ https://www.rts.ch/audio-podcast/2023/audio/ouighours-nous-ne-sommes-pas-que-musulmans-26164303.html
👉 Durée: 12:26 – Extrait suggéré: 4:00-12:26
Texte de lancement: Jessica Da Silva, bonsoir… Vous avez réalisé une enquête autour des Ouïghours. Et ce qui vous a intéressé, c’est notamment leur pratique religieuse… (Gabrielle Desarzens, productrice de l’émission)
QUOI ?- Les émissions de RTSreligion ne proposant pas de rubrique « enquête », c’est dans le format « actualité » de l’émission Hautes Fréquences (La Première-RTS), que j’ai pu réaliser ce travail. La productrice, Gabrielle Desarzens, a immédiatement soutenu ma proposition auprès de la rédaction. Il s’agit d’une enquête auprès des Ouïghours exilés en Suisse, afin de questionner leur rapport à la religion, notamment l’islam. J’ai d’abord contacté la journaliste Laurence Defranoux (Libération), que j’avais interviewée pour une émission Babel, à l’occasion de la parution de son livre, Les Ouïghours. Histoire d’un peuple sacrifié (Tallandier, 2023). C’est elle qui m’a mise en relation avec des représentants de la communauté ouïghoure d’Europe et de Suisse. J’ai également contacté différents chercheurs en sciences des religions, qui m’ont confirmé ne pas avoir de données suffisantes pour aborder la question de la pratique religieuse des Ouïghours en Suisse. La difficulté résidant dans le fait que les Ouïghours sont officiellement une « minorité chinoise », il faut chercher du côté des « musulmans chinois », mais les chiffres manquent (…) Cependant, le nombre de Ouïghours exilés en Suisse étant peu élevé (environ 170, d’après le président de l’Association des Ouïghours de Suisse, Abdushukur Abdurishit), cette approche allait se simplifier. Dorénavant, la difficulté était de rentrer en contact avec des membres de la communauté romande, et de leur expliquer les motivations de cette enquête, tout en leur assurant la possibilité de garder l’anonymat. La deuxième intervenante, par exemple, est présentée sous un autre prénom, pour sa sécurité et celle de sa famille restée au Xinjiang. J’ai finalement retenu les témoignages de deux Ouïghours romands de générations différentes.
POURQUOI ?- Le but était de questionner la dimension religieuse de la question ouïghoure, en interrogeant directement les concernés, afin de dépeindre une réalité nuancée et sourcée. Le peuple ouïghour est aujourd’hui persécuté par le régime chinois. C’est un fait avéré et reconnu par l’ONU qui reconnait « de graves violations des droits de l’homme ». (Elle n’a pas encore reconnu quelque « génocide ».) Pour la Chine, il s’agit d’une lutte contre le terrorisme islamique et la radicalisation des Ouïghours. Mais que sait-on vraiment de la pratique religieuse des Ouïghours? Sont-ils d’ailleurs tous pratiquants ? Ouïghour-e-s de la diaspora suisse: quelle foi ? C’est cette problématique que j’ai voulu explorer.
MON AVIS – Je trouve que l’originalité de cette enquête, c’est son angle journalistique. La dimension religieuse du « dossier ouïghour » est peu questionnée dans les médias. Il y a carence. Dans ce sujet, par ricochet, c’est également la dimension identitaire ouïghoure qui est questionnée. Si l’identité musulmane n’est pas une caractéristique déterminante: qu’est-ce qu’ « être Ouïghour » ? Aussi, peut-on, journalistiquement, continuer à qualifier les Ouïghours de « minorité musulmane » ? Enfin, la force de cette enquête, c’est le témoignage direct des personnes concernées. J’ai d’abord pris le temps de les rencontrer personnellement, avant de réaliser leurs interviews. Je suis très contente du résultat et des étapes préparatoires de ce travail. Finalement, je dois souligner le soutien précieux de la productrice de l’émission, tout au long de sa réalisation.
PHOTO: Manifestation à Berne en 2020. © KEYSTONE/ Anthony Anex



